Scandale chez LIDL : la triste face cachée de l’enseigne préférée des Français

Avec un chiffre d’affaires de 80 milliards d’euros en 2014, la marque allemande Lidl, réélue « enseigne préférée des Français » en 2015, a de quoi financer des campagnes publicitaires pour rafraîchir son image de marque discount. Et elle ne s’en prive pas ! Deuxième investisseur publicitaire parmi les grandes surfaces, Lidl semble pourtant avoir plus de difficultés lorsqu’il s’agit d’offrir à ses fournisseurs des conditions de travail décentes. Révélées par un rapport publié par Peuples Solidaires – ActionAid France et Oxfam-Allemagne, les pratiques de l’enseigne coûtent cher aux travailleurs agricoles en Équateur et au Costa Rica, où la firme s’approvisionne. Une pétition a été lancée.



C’est une enquête publiée par Peuples Solidaires – Action Aid France, et Oxfam-Allemagne, qui révèle aujourd’hui la situation inquiétante des travailleurs agricoles d’Équateur et du Costa Rica, deux régions connues pour leurs cultures de bananes et d’ananas. Dans un communiqué de presse diffusé hier, l’ONG française invite à la prise de conscience et à la défense des producteurs laissés impuissants face aux géants de la distribution. Mettant directement en cause l’enseigne de la marque Lidl, le communiqué renvoie vers l’enquête qui met en lumière les conditions dans lesquelles les fruits sont récoltés puis achetés.

L’enquête, réalisée dans le cadre de la campagne « Le Juste Fruit ! », s’est concentrée sur les plantations de « Matias », en Équateur, et de « Finca Once », au Costa Rica. Elle dévoile la façon dont nos enseignes européennes influencent de façon négative les conditions de vie des producteurs étrangers par diverses pressions commerciales.

Des conditions de travail indignes et dangereuses

Sur les deux plantations, l’enquête révèle tout d’abord un usage intensif des pesticides, vaporisés en masse sur les monocultures. Dans un sondage, 60% des ouvriers interrogés travaillant sur une plantation fournissant Lidl affirment avoir déjà travaillé alors que l’épandage par avion était en cours. Or, cette pratique est formellement en opposition avec les recommandations de l’État Équatorien en termes de sécurité et de droits du travail.


Dangereux non seulement pour les travailleurs agricoles, les pesticides utilisés sont aussi responsables de la pollution des zones riveraines adjacentes. Le rapport met notamment en garde contre la haute toxicité des produits utilisés, tant en Équateur qu’au Costa Rica, dont certains vont jusqu’à être interdits par l’Union Européenne ou étiquetés « hautement dangereux » par l’OMS .

Résultat : de nombreux travailleurs souffrent de maladies respiratoires, de nausées, de réactions allergiques cutanées, de vertiges, mais subissent aussi un taux élevé de handicaps, de cancers et de fausses couches chez les femmes. Des problèmes de santé desquels ni les propriétaires des plantations ni Lidl ne s’incommodent, comme en témoigne un ouvrier de « Finca Once » qui explique : « On nous arrose de pesticides, mais on ne nous propose pas de soins adaptés quand on tombe malade. Ça ne les gêne pas que les travailleurs-ses se fassent empoisonner. »

Les revendications syndicales étouffées dans l’œuf

Comme le pointe l’enquête, les employeurs font tout pour tenir les travailleurs dans l’ignorance la plus totale concernant leurs droits fondamentaux. Chez Finca Once, on va même jusqu’à employer des immigrés du Nicaragua à qui ne sont concédés que des contrats verbaux d’une durée de trois mois et sans couverture sociale. En Équateur, de nombreuses ouvrières n’ont jamais eu trace de leur contrat de travail. Si elles tombent enceintes, elles peuvent être licenciées du jour au lendemain. Bref, chez nous, nous mangeons les fruits de cet esclavagisme moderne en toute ignorance des faits.


Lorsque ces travailleurs commencent à s’organiser pour faire valoir leurs droits, les mesures de répression sont telles que la plupart des revendications sont étouffées dans l’œuf. Ainsi, le communiqué reprend le témoignage d’Isidrio Ochoa, ouvrier et syndicaliste dans le secteur de la banane et menacé par son ancien employeur. Il raconte : « Durant l’été 2014, nous avons fondé un syndicat car les conditions de travail étaient terribles. En octobre, nous avons tous-tes été renvoyé-e-s. […] J’ai parlé de notre expérience lors d’une conférence au Pérou. À mon retour, j’ai reçu des menaces envoyées directement du portable de mon ancien patron. “Je t’aurai..” écrivait-il. Je me suis caché durant un long moment et, en mars 2015, j’ai déposé plainte auprès du bureau du procureur. Cette plainte est restée sans suite à ce jour. »

Le rôle pas anodin des géants de la distribution

Jusqu’ici, on pourrait encore se demander ce qu’une enseigne comme Lidl peut bien avoir à voir avec les conditions de travail des ouvriers équatoriens et costaricains. Pour Alice Bordaçarre, chargée de campagnes Dignité au travail / secteur agricole chez Peuples Solidaires-ActionAid France, la réponse se trouve dans la pression exercée par ces géants sur les producteurs de fruits exotiques.

En effet, en revendiquant des prix défiant toute concurrence, les enseignes allemandes citées par le rapport, agissent et participent à la paupérisation des exploitations. Celles-ci accumulent les stratagèmes pour proposer des fruits aux prix toujours plus bas et rester compétitifs au regard de la grande distribution. La dictature du prix emporte tout sur son passage, les valeurs, la raison et les droits humains élémentaires.
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La répartition de la valeur ajoutée est également sujette à polémique. Comme le soulève le rapport, 42,4% de la valeur ajoutée produite grâce aux plantations équatoriennes va dans les poches de Lidl, quand le travail des ouvriers et ouvrières ne sera récompensé qu’à hauteur de 7% de celle-ci. En plus des conditions de travail difficiles, les ouvriers réalisent jusqu’à 14 heures de travail par jour 6 jours sur 7 pour gagner à peine de quoi vivre. La pétition a déjà rassemblé plus de 20 000 signature.

Pour Alice Bordaçarre, le constat est sans équivoque : « Tant que les grandes enseignes comme Lidl exerceront une pression sur leurs fournisseurs pour tirer au maximum les prix vers le bas, les travailleurs-ses agricoles ne pourront ni sortir de la pauvreté, ni faire respecter leurs droits. » Le secteur du fruit n’est évidemment qu’un petit exemple de ce qui s’opère ailleurs dans le monde, notamment dans diverses industries allant du textile à l’alimentation en passant par l’accaparement de ressources rares.

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